Les grands enjeux de l’aide sociale

Depuis plus de dix ans le même constat s’impose : le nombre de personnes ayant recours à l’aide sociale est en hausse constante, quel que soit l’état de l’économie du canton. Sous le coup de la crise financière de 2008-2009 ou florissante aujourd’hui, notre société détruit inexorablement les emplois peu qualifiés au travers de la 4e révolution industrielle et pousse dans la précarité une population toujours croissante. Plus de 24’600 personnes sont aujourd’hui à l’aide sociale contre 16’800 il y a une décennie.

Il existe heureusement des raisons d’espérer: la hausse des dossiers financiers s’est infléchie de moitié pour s’établir à 2%, les sorties de l’aide sociale ont augmenté de 3% et sont de plus en plus liées à l’acquisition d’un revenu, ce qui conforte l’Hospice général dans la priorité qu’il donne à la réinsertion professionnelle de ses usagers. Mais un autre phénomène apparaît : l’instauration d’une durée d’aide à deux vitesses. Si le rythme des sorties s’accélère pour les personnes jeunes, il ralentit avec l’âge du bénéficiaire, rallongeant la durée de l’aide. Cette évolution nous incite à élaborer un accompagnement adapté aux besoins et aux problématiques spécifiques de chaque catégorie d’âge, particulièrement des personnes de 50 ans et plus.

L’enjeu pour l’institution est non seulement d’augmenter les sorties par reprise d’emploi mais également de les pérenniser, car un tiers d’entre elles se solde encore par un retour dans les 5 ans.

L’asile

Malgré une diminution des arrivées en provenance des centres d’enregistrement et de procédure (CEP), le nombre de personnes suivies par l’Aide aux migrants demeure au même niveau que 2017, soit plus de 6’400 personnes. L’augmentation des naissances et dans une moindre mesure les regroupements familiaux maintiennent en effet une forte pression sur le dispositif d’hébergement de l’Hospice général.

La construction de nouveaux centres d’hébergement collectif demeure un enjeu majeur car plusieurs établissements provisoires doivent être fermés et rendus dans les deux ans. Avec l’ouverture du centre de Lancy en septembre 2018 et l’édification de ceux de Rigot, à la place des Nations, et de La Seymaz, à Thônex, l’institution entend également améliorer les conditions de vie des résidents. Ceci notamment en construisant des appartements avec cuisines et sanitaires privatifs pour les familles, des espaces communs pour les cours et ateliers ainsi que des espaces enfants permettant aux mamans de se libérer afin de suivre des cours et des formations.

En 2018, les efforts de l’Aide aux migrants se sont portés sur la prise en charge de ses usagers avec la mise en place d’un accueil et d’un accompagnement social adapté aux besoins de chacun. Cette préoccupation rejoint celle de l’Action sociale. Ainsi, et de plus en plus, des actions d’insertion ou d’intégration sont développées tant pour les populations migrantes que pour celles à l’aide sociale dans le but de répondre aux mêmes problématiques : emploi, endettement, santé, hébergement.

Dans l’institution

Les transformations majeures à l’Aide aux migrants et à l’Action sociale trouvent leur source et leur énergie dans la stratégie de l’institution « Inventer l’Hospice général de demain ». Les réformes engagées depuis deux ans visent une simplification des fonctionnements et un allègement de la charge administrative grâce notamment à la dématérialisation des dossiers des bénéficiaires, l’organisation de pôles de compétences et la collaboration étroite entre conseillers en réinsertion professionnelle de l’aide sociale et travailleurs sociaux des différents centres de l’Hospice général, raccourcissant les délais de prise en charge des bénéficiaires et permettant de mieux définir leur accompagnement. Le télétravail et les concepts d’espaces partagés et de mobilité au travail se sont également mis en place dans plusieurs lieux. De même, l’innovation sociale est encouragée avec la création d’un poste dédié ainsi qu’un espace de « cocréation » qui offre aux collaborateurs et aux usagers un lieu d’échange d’expériences et de réflexion collective sur les pratiques, un laboratoire pour l’innovation et la modernisation du travail social.

Remerciements

Pour réussir ce passage à l’ère numérique, relever le défi des profondes mutations des modes de prise en charge des bénéficiaires, proposer de nouvelles pratiques et simplifier les processus de travail, l‘Hospice général a pu compter tout au long de l’année sur l’implication de ses collaboratrices et collaborateurs. Qu’elles et ils en soient chaleureusement remerciés.

Je souhaite exprimer ma gratitude aux membres du Conseil d’administration sortant et à son président, Pierre Martin-Achard, qui n’a pas ménagé ses efforts pour défendre les intérêts de l’institution tout au long de ces 12 dernières années. De même, je souhaite remercier les Conseillers d’Etat Mauro Poggia et Thierry Apothéloz, ainsi que leurs départements respectifs, pour leur indéfectible soutien.

Je tiens également à remercier toutes celles et ceux qui ont soutenu l’Hospice général au cours de l’année écoulée : nos donateurs sans lesquels beaucoup de beaux et nécessaires projets à destination des usagers n’auraient pas pu se réaliser ; les communes genevoises, les associations et mouvements citoyens ainsi que les nombreux bénévoles qui ont œuvré directement auprès de nos bénéficiaires. Sans vous tous, nous ne pourrions relever autant de défis et construire le mieux vivre ensemble à Genève.

Enfin, je souhaite la bienvenue aux membres du nouveau Conseil d’administration et à sa présidente, Anne Héritier Lachat, première femme à ce poste dans notre institution.

Christophe Girod
Directeur général de l’Hospice général